Colloque National à l’Unikin, novembre 2020

Colloque National à l’Unikin, novembre 2020

En collaboration avec l’Académie de Recherche et d’Enseignement Supérieur (ARES), l’Université de Kinshasa organise un colloque National.

Thème

Université et défi du développement socioéconomique de la République Démocratique du Congo à l’épreuve du COVID-19

Date : du 23 au 26 novembre 2020

Lieu : Salle J (Faculté de Polytechnique)

Heure : 08h30′

Institution participantes 

ULIEGE, ERAIFT, UNILU, UNIKIN, UOB, UCC, UKA, UK, UNIGOM, UPC, ISSI, CEPROMAD, IFASIC, ISC, ISTA, ISP/GOMBE, INA, ULK, BEL CAMPUS, ULOYOLA, UPN, ISTM

Cordiale bienvenue

Contexte et justification

L’université  est « l’intelligence de la nation, le centre de l’activité intellectuelle d’où surgit la rénovation de la vie scientifique, sociale, culturelle et politique d’un pays ; le centre de la pensée où se concentre l’effort d’interprétation de la société dont elle fait partie, en étudiant le sens de son histoire et en contribuant à révéler son image future ».  Enseigner pour former des cadres compétents, faire de la recherche et rendre service à la collectivité caractérisent l’activité universitaire. L’université  est ainsi considérée  comme un lieu  voué à la recherche de la vérité et à la transmission du patrimoine intellectuel de l’humanité.

Le développement socioéconomique, quant à lui, ne devrait pas être conçu « comme une fin en soi, mais comme la base matérielle nécessaire à la transformation des conditions sociales inacceptables et à l’établissement d’une société dynamique capable d’offrir des chances égales et plus nombreuses à tous ses membres à partir de ses ressources dans une dynamique de justice distributive.  

En République Démocratique du Congo l’enseignement supérieur et universitaire congolais est né en 1954 avec la création de l’Université de Kinshasa. Celle-ci a été suivie de deux autres universités : l’Université de Lubumbashi, et l’Université de Kisangani.  La très grande majorité de l’élite congolaise, qui préside actuellement aux destinées de ce pays, est sortie de ces universités. À ces trois universités, se sont ajoutées une multitude d’institutions universitaires au point d’atteindre plus d’une centaine dans toutes les provinces du pays. Malheureusement, la situation économique et sociale de la République Démocratique du Congo est actuellement plus désastreuse qu’au moment de la création de l’université, et ce, malgré les réformes réalisées. En 2014, l’université congolaise a célébré son cinquantenaire.

En effet, l’université congolaise a connu une évolution marquée par différentes réformes, dont celles de 1981 et celle de 2004 n’ont pas permis au système éducatif supérieur congolais de s’adapter progressivement aux mutations universelles de l’environnement académique et scientifique afin de participer à la construction de l’espace universitaire mondial par une concurrence d’offre des savoirs et d’innovations. Pourtant, la mondialisation de l’espace universitaire entraîne impérativement la nécessité pour toute université, de favoriser des programmes de formation et de recherche qui soient accordés à l’évolution de la société, des savoirs et des innovations, tout en s’intégrant aux réalités de son environnement. Dans un tel contexte où l’université congolaise ne s’accorde pas aux nouvelles exigences, des craintes paraissent fondées qu’elle puisse se marginaliser davantage et soit incapable de « répondre aux défis du développement, de la gouvernance, de la valorisation des ressources naturelles dites scandaleuses dont dispose la RD Congo.

Il est, dès lors, permis d’affirmer que l’université congolaise est en crise. La pandémie du COVID-19 a davantage mis en relief ce marasme, n’épargnant aucun secteur de l’organisation sociale congolaise. Ce qui interpelle de questionner le rôle de l’université dans le développement économique et social de notre pays, surtout en ce moment où tous les secteurs sont désorganisés par les effets du COVID-19. En effet, le plan stratégique de l’Enseignement supérieur et universitaire  expose qu’après un long conflit, la République Démocratique du Congo a repris le chemin de la croissance. Cependant, l’actuelle crise de gouvernance révèle que la RD Congo reste vulnérable. Cette vulnérabilité s’explique par le manque de sécurité des opérateurs économiques et la mauvaise gouvernance. Celle-ci se traduit particulièrement par la grande corruption qui gangrène la RDC à tous les niveaux de la vie économique et sociale. Durant ces années des conflits, l’éducation et, en particulier, les institutions d’enseignement supérieur publiques comme privées, dont la demande est très forte, ont montré une remarquable capacité de résilience. Les parents participent fortement à son financement. Nous estimons que l’enseignement supérieur et universitaire doit contribuer à la satisfaction des besoins importants de main d’œuvre qualifiée et aussi à renforcer l’État de droit et l’efficacité des administrations de manière à soutenir une croissance plus durable. Mais pour que l’enseignement universitaire joue son rôle, il est indispensable que des valeurs civiques et morales soient au centre de la formation et de la gouvernance des institutions universitaires. Nos universités doivent s’inscrire dans le développement du partenariat public et privé afin d’assurer notamment l’employabilité des jeunes formés.

C’est consciente d’une part de ce défi du danger de marginalisation de l’espace universitaire mondial caractérisé par l’excellence et la compétitivité, et d’autre part de faibles performances des universités congolaises pour participer véritablement aux processus de développement de la société congolaise, que l’Université de Kinshasa en collaboration avec l’ARES, organise le présent Colloque national. Le but recherché étant de relever les défis posés à la formation et à la recherche universitaire, pour éviter la disparition de l’Université congolaise, sa marginalisation, et ainsi être attrayante dans la recherche des solutions aux crises multiformes et multidimensionnels de la RD Congo, crises renforcées par les effets du COVID-19.

Cette rencontre scientifique à laquelle participera d’autres universités congolaises de Kinshasa et des provinces, se veut être un cadre de réflexions sur la place de l’enseignement et de la recherche universitaires congolaise dans le processus de développement de la RD Congo dans un contexte trouble que nous impose la pandémie du coronavirus-19 dont les stigmates se feront longtemps sentir. Une analyse profonde des défis que devrait relever l’université congolaise, lui permettra d’envisager un processus plus long de réflexions davantage fouillées, en vue de repenser ses structures, sa gouvernance, son organisation, ses programmes de formation et de recherche. Ce qui aurait pour finalité de renforcer la qualité de la formation, de la recherche et des services à la communauté comme elle le fut dans les premières décennies de son existence.

Objectifs de ce colloque

Ainsi, l’objectif principal de ce Colloque national est de réfléchir sur les enjeux auxquels fait face l’Université congolaise en cette période trouble du COVID-19, et les défis qu’elle devra relever non seulement pour mériter une place de choix dans un environnement académique et scientifique international très compétitif, mais aussi être incontournable pour les décideurs politiques congolais dans la recherche des solutions aux nombreux problèmes et répondre ainsi aux besoins de la société congolaise.

De façon spécifique, ces journées visent à :

  • Réfléchir sur la manière dont les différents paradigmes d’organisation et de gouvernance des universités ont été prises en compte ou pas par les universités congolaises, et ont influencé leur fonctionnement ;
  • Débattre sur les manières d’améliorer le fonctionnement et le rendement institutionnel des universités congolaises afin d’accroître leurs contributions à la reconstruction sociale et économique de la RD Congo, surtout dans ce contexte du Covid-19 dont les effets se feront sentir durablement.
  • Penser à des stratégies de résilience permettant à l’université congolaise de surmonter les obstacles à la réalisation de ses missions. 
  • Définir les exigences que doit remplir l’université congolaise en vue d’un arrimage réussi à la réforme aux trois cycles, appelée LMD ;
  • Déterminer les exigences de financement des universités congolaises par les pouvoirs publics, les organisations internationales et les entreprises.
  • Proposer, au terme des débats, des principes devant conduire à un modèle de gouvernance des universités congolaises, qui permettra à la République Démocratique du Congo de faire face non seulement aux défis posés à la société congolaise actuelle et son environnement, mais aussi à ceux posés par la mondialisation des échanges, échanges dont les modèles se recomposent foncièrement à cause des conséquences du Covid-19.
  • Former les jeunes à la création d’emplois (incubateurs, etc)

Pour atteindre cet objectif, les sous-thèmes suivants seront analysés :

  1. La dérive des universités congolaises : quelle université pour la RDCongo de demain ?

Les avancées dans tous les domaines des savoirs exigent de l’Université congolaise une mise à jour de sa mission en vue de se doter d’une vision qui intégrera dans ses us et coutumes la culture du long terme. L’énoncé d’une telle mission suggère que l’Université congolaise, à l’instar de toute université moderne, doit se savoir ne pas exister pour les objectifs que ses membres peuvent se fixer, mais avant tout, de par son utilité, pour répondre aux besoins et aux attentes de la société congolaise. La visibilité des universités congolaises doit se construire à partir d’excellentes productions scientifiques, de la formation de qualité et des services irréprochables à la collectivité. L’ensemble de ces performances confèrera à nos universités un statut national et international remarquable et apprécié. Ce qui leur permettra d’être classées parmi les meilleures Universités du monde. Les universités congolaises doivent se définir par rapport à ces exigences. Malheureusement, de nombreuses pratiques décriées par les différentes parties prenantes de l’université congolaise ne cessent d’impacter son organisation et son fonctionnement, ainsi que la qualité de ses diplômés voyant leurs chances d’accéder au marché de l’emploi se réduire drastiquement. Parmi ces critiques qui méritent une profonde transformation des pensées collectives dans les universités congolaises peuvent être citées: le bas niveau des étudiants à l’entrée au niveau supérieur; des enseignements dispensés à la sauvette; la dispersion des enseignants dans plusieurs activités extramuros au détriment des étudiants ; la pléthore des effectifs des étudiants; la pollution sonore et les vacarmes de toutes sortes; la carence des bibliothèques, des laboratoires, et des nouvelles technologies de l’univers numérique et de communication ; des conditions peu reluisantes des enseignants ;  des évaluations soustraites à l’obligation du mérite et de rigueur scientifique ; des conditions de vie précaires de la plupart des étudiants; l’agrément et la tolérance des établissements d’enseignement supérieur ne remplissant pas les conditions minimales de fonctionner ; etc.

D’où la nécessité d’engager des réflexions qui viseront à présenter un nouveau visage des Institutions d’Enseignement Supérieur et Universitaires de la RD Congo auprès d’une société qui ne tarit pas de leur coller des qualificatifs peu élogieux et contraires à l’excellence attendue d’elles.

  1. La recherche scientifique dans des universités en crise.

La recherche constitue une composante importante de la mission de toute université. Dans le passé, les Universités congolaises, particulièrement les Universités de Kinshasa, de Lubumbashi et de Kisangani, avaient bien rempli cette mission. Leur renommée dans ce domaine a été de notoriété publique. Les publications de leurs professeurs et chercheurs ont été présentes dans la plupart des bibliothèques des grandes universités à travers le monde. La splendeur scientifique de ces universités, qui attirait des étudiants, des chercheurs et des enseignants étrangers, s’est estompée progressivement, du fait de nombreux problèmes d’existence : inadéquation du pilotage et absence d’une politique nationale de la recherche ; détérioration de la situation sociale des chercheurs ; insuffisance et vétusté des matériels et des équipements scientifiques ; insuffisance des ressources financières. L’ensemble de ces problèmes plongent l’université congolaise dans une crise profonde qui affecte aussi bien la formation que les services à la collectivité.

  1. Les contraintes politiques et internationales de la formation par l’arrimage des universités congolaises au LMD.

Conscients de la situation de l’enseignement supérieur en RD Congo, face à la globalisation de l’espace universitaire mondial caractérisé par l’excellence et la compétitivité, les législateurs congolais ont initié la nouvelle loi-cadre de l’enseignement national qui a été promulguée en février 2014.  L’institution par cette loi du passage progressif au LMD dans les établissements de l’enseignement supérieur continue de susciter auprès des acteurs parties prenantes dans ces établissements, plus d’inquiétudes face aux défis à relever pour y parvenir. Cette crainte est davantage alimentée par les interventions sélectives auprès d’un nombre minime de facultés de certaines universités publiques, grâce à un programme soutenu par le Ministère de tutelle et financé par un bailleur de fonds international. L’application du LMD de manière complète dans certaines institutions privées, ou de façon partielle par des programmes de maitrise (Matser) dans certaines institutions publiques, interpellent sur la nécessité de valider la certification selon les nouvelles appellations. D’où l’intérêt de s’informer sur les enjeux et les défis du passage au système à trois cycles (LMD) suite à la promulgation de la loi- cadre de 2014, à la publication du cadre normatif du LMD en 2018 (non encore légiféré) ; et aux dysfonctionnements déjà ressentis dans les universités bénéficiaires des aides s’y rapportant.

  1. Le défi du service à la collectivité par les universités congolaises : le COVID-19 comme révélateur de la crise dans la recherche scientifique en RD Congo

L’avènement du COVID-19 a mis en branle toutes les intelligences humaines à travers le monde dans la recherche de différentes solutions médicales, pharmaceutiques, sociales et économiques, pour faire face à cette pandémie qui n’en finit pas de révéler sa complexité, tant elle a mis à mal tous les secteurs de la vie n’épargnant aucun pays à travers le monde. Nombreux ayant vu leurs activités contraintes à des arrêts durables, voire définitifs. La République Démocratique du Congo à l’instar d’un nombre important des pays du continent africain qui n’a pas connu l’hécatombe que lui prédisait l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), s’en sort tant bien que mal nonobstant un système de santé médiocre. Cependant, des questions persistantes demeurent sur différentes problématiques interdisciplinaires en rapport avec cette pandémie : la gestion de la riposte de la pandémie ; les conflits des protocoles de traitement ; les explications de l’immunité collective manifeste en RD Congo; l’influence des facteurs écologiques et environnementales ; les conséquences socio-économiques de la pandémie ; la méfiance des décideurs politiques envers l’expertise scientifique ; les représentations sociales de la pandémie ; les solutions socio-anthropologiques imaginées par les populations, etc.

  1. Pouvoirs publics, secteurs privés, bailleurs de fonds et financement des universités.

La volonté de réformer en profondeur les universités congolaises dans un environnement qui tienne compte de la nouvelle économie du savoir, exige des moyens conséquents qu’elle devrait disposer grâce à des structures autonomes qui ne soient nullement inféodées au politique de quelque manière que ce soit. Ce qui en facilitera la gouvernance, tout en reconnaissant au politique un rôle d’accompagnateur dans la recherche des financements complémentaires à ceux que génèreront les universités à partir des frais indirects des financements des recherches dans lesquelles devront être impliqués des chercheurs. Les universités congolaises devraient également se redéfinir par rapport à leurs spécificités et utilités régionales respectives en vue des innovations attractives pour les entreprises privées et les bailleurs de fonds internationaux.

Date : Ce Colloque se tiendra à l’Université de Kinshasa du lundi 23 au jeudi 26 novembre 2020.

Rapport général

Rapporteur Général : Dany Tungisa

Rapporteur Général- Adjoint : Igor Sakala Matonda

Comité organisateur :

Président : Daniel Ngoma-Ya-Nzuzi (Recteur).

Premier Vice Président : Banza  Nsomwe-a-Nfukwa

Deuxième Vice Président : Jean Pierre Tshibangu

Troisième Vice Président : Georges Mvumbi Lelo

Coordonnateur Scientifique  : Jacob Sabakinu Kivilu

Coordonateur Adjoint           : Pascal Kapagama

Membres  :     Kienge Kienge ( Faculté de Droit),

                        Taba Kalulu Muzele( Sciences),

                        Ntungila Floribert ( Sciences Economiques),

                        Swadi ( Pharmacie),

                          Mwengwe Yvon ( Sciences de l’éducation)

                        Jan Bogaert (ARES)

                        Serge  Jaumain  (ARES)

                        Jean-Louis Genard (ARES)

Secrétariat :

  • Dolly Mampuya Bakodila
  • Bodo César
  • Yok Bakwey Antoine

Fait à Kinshasa, le 15 Novembre 2020

Le Coordonnateur du Comité d’organisation

Professeur Jacob SABAKINU Kivilu